Âmes sensibles prenez garde !!!

Author: JW / Libellés : , ,

"Est-ce qu'une tête coupée continue de vivre après s'être détachée du corps ?... Combien de temps vit-elle après?... Ressent-elle encore? ... Est-elle capable de nous entendre encore?... Tant de questions qui fascinent et ont engendré toute une fantasmagorie en peinture et en littérature", explique Jean Clair.
"Il y a un monde bestial qui reflète l'idée des années 1880 que tout homme est une bête prête à se réveiller et sauter sur son prochain pour le dévorer."

Depuis toujours la mort intrigue, les crimes inspirent et les châtiments sévissent. Des crimes bibliques aux crimes contre l'humanité, l'exposition Crime et Châtiment au musée d'Orsay jusqu'au 27 juin 2010, retrace une histoire de l'horreur à travers plus de 400 oeuvres. Un projet de Robert Badinter, ex-ministre de la justice qui a obtenu l'abolition de la peine de mort en France le 30 septembre 1981 en tant que garde des Sceaux (Interview de Robert Badinter pour l'Express). En collaboration avec Jean Clair de l'Académie française, conservateur général du patrimoine.

"La guillotine apparaît pour administrer la mort de façon immédiate, égalitaire et soit disant de manière indolore. De là apparaît aussi une série d'interrogations et les fantasmes qui s'attachent à ça... Combien de temps vit une tête séparée du corps?... Parmi les oeuvres présentées il y a une quarantaine de tête coupées, c'est énorme", s'exprime Jean Clair.
"Cette toile change tellement de ce qu'on connaît du travail d'Andy Warhol, Marylin Monroe et autres célébrités. Ici, il nous offre une vision de la "Grande chaise électrique" qui dégage une force extraordinaire. Avec Jean Clair nous avons tenu à avoir cette toile dans l'exposition afin de montrer que le combat pour l'abolition n'est pas fini", explique Robert Badinter.

Viols, meurtres, peines de mort, agressions, vengeances, Diaboliques, décapitations, démembrements, cannibalisme, autant de thèmes abordés par l'art depuis la Révolution française aux prémisses de l'abolition de la peine de mort.

S'inspirant de faits sordides, imaginant la justice, et allant jusqu'à mouler les crânes et autres membres de criminels exécutés, les artistes n'en ont que faire de la morale. Ils servent l'art sans limites tout en essayant de répondre à leur propre interrogations.

Lors de cette exposition vous pouvez notamment voir des oeuvres d'artistes connus tels d'Alfred Kubin, Edgar Degas, Théodore Géricault, George Grosz Otto Dix, Andy Warhol et même Cézanne ou d'autres moins connus sinon inconnus. Ceux-ci sont prisonniers, aliénés ou simplement curieux. Ces artistes nous livre une vision intéressante voire effrayante du crime et des châtiments n'hésitant pas à utiliser divers supports et techniques: peintures, croquis, collages, sculptures, photographies... Certaines nous glace le sang.

Trêve de bavardage, voici un aperçu (sélection minimale parmi les oeuvres qui m'ont marquées) de ce que vous pourrez voir lors de l'exposition Crime et châtiment, à ne pas manquer tout en évitant les heures de pointe. Sinon gare aux bousculades.

Carlos Schwabe, La vague, 1907 (Huile sur toile, 196x116 cm)

George Grosz, Caïn ou Hitler en enfer, 1944 (Huile sur toile, 99 x 124,5 cm)

Franz von Stuck, Judith, 1927 et Gustav Klimt, Judith avec la tête d'Holopherne, vers 1901 (Huile sur toile, 84 x 42 cm)

Paul Baudry, Charlotte Corday (assassinat de Marat), 1838 (Huile sur toile, 203 x 154 cm)

Edgar Degas, Intérieur (Le Viol), vers 1868-1869 (Huile sur toile, 81 x 116 cm)

Félicien Rops, Le dessous de cartes d'une partie de whist, 1883-1885 (Crayon et estompe sur papier, 31,4 x 20 cm)
Antoine Wiertz, Faim, Folie, Crime, 1853-1854 (Huile sur toile, 155 x 164 cm)

Anonyme, Le Petit Journal(supplément illustré), Le dernier crime de l'ogresse, 24 mai 1908 (Impression en couleurs, 45 x 31cm)

Andy Warhol, Grande chaise électrique, 1967-1968 (Encre sérigraphique et peinture acrylique sur toile, 137,2 x 185,3 cm)

Maison Tramond, Tête de Henri-Jacques Pranzini, (guillotiné le 31 août 1887, pour le triple homicide de Marie R., Annette GH. et Marie G.), 1887 (Moulage sur nature après décapitation, cire colorée, cheveux, poils, 30 x 18 x 22 cm (environ))

Victor Hugo, Justitia, 1857 (Crayon de graphite, plume, pinceau, encre brune et lavis d'encre noire, fusain, rehauts de gouache rouge, réserves, zones frottées sur papier beige, 53,4 x 35 cm)

Théodore Géricault, Étude de pieds et de mains, 1818-1819 (Huile sur toile, 52 x 64cm)

Jeanne Jacquemin, La douloureuse et glorieuse couronne, 1892 ( Pastel sur papier, 52 x 34cm)

David Lynch, Do you really want to know what I really think?, 2003 (Technique mixte, 152 x 296 cm)

Alfred Kubin, Le Singe (Der Affe), 1903-1904 (Craie et crayon sur papier, 35,7 x 23,8 cm)

Louis Adolphe Humbert de Mollard, Louis Dodier en prisonnier, 1847 (Daguerréotype, 11,5 x 15,5 cm)

Et si vous avez du bol, vous pourrez peut être vous taper l'incruste discrètement dans un groupe d'étudiants ou de visiteurs, pour profiter des explications enrichissantes du professeur ou du guide. Bonne visite.

Si vous n'avez pas l'occasion d'y aller, vous pouvez:
- jeter un coup d'oeil sur le site du musée d'Orsay pour en savoir plus.
- consulter ou vous procurez le catalogue de l'exposition "Crime et châtiment", sous la direction de Jean Clair, sur le site du musée, à la Fnac, et dans quelques librairies. Complet et précis, c'est comme si vous y étiez.
Vous pouvez également vous plonger dans "Crime et châtiment" de Dostoïevski.

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